Garder la face

citation article (…) La lutte pour l’identité. L’importance de la défense identitaire dans la relation a été largement montrée, notamment par les chercheurs de l’école de Palo Alto et par le sociologue Erving Goffman. Pour celui-ci, le “moi ” est pour chaque individu un “objet sacré ” qu’il s’applique à préserver de toute menace d’agression, de rejet ou de disqualification. Pour ce faire, il s’arrange pour présenter en public une image valorisante (c’est-à-dire conforme à ses valeurs et à ses modèles de référence), à la rendre crédible aux yeux d’autrui et à la faire entériner par lui. Cette image, E. Goffman l’appelle la “face”. Garder la face (ou ne pas la perdre) devient alors un enjeu essentiel des relations interpersonnelles. (…)

Source et suite : Les dessous cachés des disputes - scienceshumaines.com - mai 2007

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Intérêt personnel, intérêt collectif

La théorie du Passager Clandestin (ou “jeu du bien public”) : 10 personnes qui ne se connaissent pas sont dans une salle commune, tous isolés dans des box individuels. Chacun a 10 jetons. Il y a 2 options. Garder un des jetons rapporte 2 euros. Placer un des jetons dans un pot commun rapporte 1 euros à chacun des 10 participants. Résultat : si on garde ses 10 jetons, on gagne 20 euros. Si tout le monde met ses jetons dans le pot commun, chacun gagne 100 euros.

citation article Ce jeu, intitulé “jeu du bien public”, est un classique de l’économie expérimentale. Il vise à montrer les perversions de la rationalité individuelle. Lorsque les choix et les décisions se font en groupe, il est nécessaire d’adopter une autre approche. Penser pour le groupe, non plus pour soi. Parce que penser pour le groupe revient parfois à penser pour soi.

Rationnellement, l’individu devrait conserver tous ses jetons. Chaque jeton conservé rapporte le double de chaque jetons mis en commun. Rationnellement, il est plus profitable de conserver son pactole. Si d’aventure les autres approvisionnaient le fond commun, vous seriez alors le “passager clandestin”, profitant de l’effort collectif sans y contribuer. C’est à peu près ce qu’il se passe, lors d’une telle situation. La plupart des participants préfèrent conserver une large proportion de jetons, tout en en laissant quelques-uns, sûrement pour avoir bonne conscience, au pot commun…

(…) Chacun se dit qu’il pourrait profiter de l’effort collectif à son propre profit (…), ou bien, se dit qu’il va participer à l’effort collectif, mais que les autres ne le feront peut être pas, et que du coup, ils gagneront un seul euro pour chacun de leurs jetons, sans pour autant bénéficier du “collectif”. (…) Si vous avez lu le sujet sur la théorie des jeux, vous reconnaîtrez en ce jeu du bien public, une proposition analogue à celle du fameux “dilemme du prisonnier” : la rationalité individuelle peut engendrer des situations collectives inefficaces. Il est dès lors indispensable dans des situations de collectivité, de songer à privilégier la communauté, quitte à ce que certains profitent…

Source : Aurélie & Carnégie - Psychoweb - Quand l’intérêt personnel se suicide

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Neuromarketing et cerveau reptilien

citation articlePour vendre un produit, il faut s’imaginer que tous les clients ont 4 ans, même s’il s’agit de physiciens nucléaires qui veulent acheter un scanner de plusieurs millions de dollars“. Inutile de blâmer le milieu de la publicité pour ce conseil peu flatteur du publicitaire français Christophe Morin. Depuis quelques années, une nouvelle science - le neuromarketing - donne de nouvelles pistes pour titiller le subconscient des clients. Car les spécialistes du marketing sont de plus en plus nombreux à faire équipe avec des spécialistes du cerveau. (…) L’une des découvertes les plus récentes de la neurologie : les décisions d’ordre financier sont émotives et non rationnelles.

Le neuromarketing ne se limite pas à la vente. Certaines de ses applications peuvent servir au bureau : mettre la photo d’un visage au-dessus de la caisse commune de la cafetière décourage les tricheurs qui prennent du café sans payer, parce qu’ils se sentent surveillés. Autre découverte surprenante : les garderies qui imposent des frais élevés aux parents retardataires pourraient augmenter le nombre des retards parce que cette stratégie apaise les zones du cerveau liées à la culpabilité (les parents ont payé, donc ne se sentent plus coupables).

Mais l’industrie multimilliardaire de la pub est évidemment mieux placée que d’autres pour tirer profit de ces découvertes. “La publicité veut essentiellement influer sur les décisions, explique Christophe Morin. On sait maintenant quelles sont les régions du cerveau qui s’animent dans certaines conditions. Essentiellement, nous lisons les revues médicales pour connaître les derniers progrès en neurologie. L’une des grandes découvertes est que les décisions sont souvent dirigées par la partie la plus primitive du cerveau, la partie reptilienne. Nous avons mis au point un langage qui essaie de traduire plus concrètement les propositions publicitaires pour le cerveau reptilien.”

Selon M. Morin, il existe six “codes” qui permettent d’atteindre plus efficacement ce cerveau reptilien. “Il est extraordinairement égoïste. L’important est l’impact que le produit ou l’entreprise aura sur le sujet. Il est attentif à ce qui est différent, en rupture. Il faut donc multiplier les contrastes visuels et sonores. Il est attentif au début et à la fin des messages mais perd de l’intérêt au milieu, afin de limiter ses dépenses énergétiques. Il est sensible aux émotions extrêmes, positives comme négatives. Et le cerveau reptilien est plutôt visuel, parce qu’il est connecté directement au nerf optique.” (…)

Source : Matthieur Perreault - Lapresseaffaire.com - 19 août 2007

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Bonheur et matérialisme

citation article L’argent ne fait pas le bonheur… La recherche psychologique récente a non seulement montré la vérité de cette maxime, mais a commencé à démontrer que quand les gens organisent leurs vies autour de la poursuite de la richesse leur bonheur peut même diminuer. Les études sur les rapports entre le bonheur et la richesse matérielle des psychologues américains E. Diener et D. Myers, rapportées par l’American Psychological Association (APA), soulignent que “les individus sont plus heureux s’ils vivent dans les pays riches plutôt que dans les pays pauvres. Cependant, une fois qu’ils ont assez d’argent pour subvenir aux besoins de base comme la nourriture, un toit, etc., l’argent ne contribue pas beaucoup à améliorer leur bonheur. Ni les hausses de la croissance économique nationale, ni les augmentations de revenus personnels n’ont beaucoup d’effet sur le bien-être personnel des citoyens.”

La recherche va plus loin en montrant que ceux qui “adhèrent aux messages de la culture de consommation ressentent moins de bien-être personnel”. Selon une étude récente, les individus qui déclarent que “l’argent et la popularité sont relativement importants à leurs yeux obtiennent moins de satisfaction dans la vie, moins d’expériences d’émotions plaisantes et sont atteints de plus de dépression et d’anxiété“. Des résultats similaires ont été démontrés pour une variété de groupes d’âge et de populations à travers le monde. En outre, cette étude suggère que “la lutte pour la richesse nuit aussi aux relations sociales et favorise des comportements non écologiques”. (…)

Dans un précédent article, l’APA mentionnait l’existence d’études dont les résultats convergeaient pour montrer que “les individus peu matérialistes obtiennent plus de satisfaction dans leur vie que ceux qui sont matérialistes. Ces derniers éprouvent presque autant de satisfaction que ceux qui sont peu matérialistes s’ils ont beaucoup d’argent et si leur style de vie acquisitif n’entre pas trop en conflit avec d’autres valeurs ou besoins.” En revanche, “les matérialistes qui ont moins d’argent et d’autres désirs ou valeurs qui entrent en contradiction avec la lutte pour gagner de l’argent – ce qui est la situation la plus fréquente – sont plus malheureux que les non-matérialistes”. (…)

Les individus ayant de fortes valeurs matérialistes ont tendance à être orientés vers des buts qui conduisent moins au bien-être, selon le Dr Tim Kasser, auteur du livre The High Price of Materialism et coauteur de Psychology and Consumer Culture. Il présente des études qui montrent que quand “les individus organisent leur vie autour de buts extrinsèques comme l’acquisition de biens, ils éprouvent moins de satisfaction dans leurs relations, ont une humeur moins bonne et davantage de problèmes psychologiques“. Il distingue “les buts extrinsèques, comme les possessions, l’image, le statut, les prix et la gloire, et les buts intrinsèques comme le développement personnel et le contact avec la communauté qui sont satisfaisants en soi”.

Il apparaît que les matérialistes ont souvent “des attentes irréalistes par rapport à ce que des biens de consommation peuvent apporter à leurs relations, leur autonomie et leur bonheur. Ils croient que l’acquisition de biens va changer leur vie.” (…)

Source : Elisabeth Berthou - Courrier International - 29 septembre 2005

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Affirmation de soi

citation article Faire preuve d’une trop grande estime de soi est l’une des erreurs fondamentales qu’un dirigeant a l’habitude de commettre, révèle une étude américaine menée parmi un large échantillon de la population active du pays. Les conclusions de cette recherche, publiées début février 2007 dans le Journal of Personality and Social Psychology, indiquent que “les dirigeants voulant réussir dans leur mode de management doivent avoir un niveau de confiance en soi bien dosé”, c’est-à-dire suffisant mais sans excès. A contrario, un bas niveau d’affirmation de soi a été identifié comme étant source de problèmes. Au demeurant, le directeur de l’étude, le Pr Daniel Ames, de la Columbia Business School, rapporte que pour les personnes interrogées “l’excès tout autant que le manque d’affirmation de soi est la caractéristique la plus communément mentionnée, qui apparaît comme la plus grande faiblesse de leurs dirigeants”. (…)

Le Pr Ames affirme que la plupart des dirigeants “ne sont absolument pas conscients qu’ils font montre d’une affirmation de soi excessive”. Une méconnaissance qui est aggravée par le fait que personne dans leur environnement professionnel ne peut se permettre objectivement ce type de feed-back. En effet, “qui pourrait dire à un patron surchargé qu’il (ou elle) est à côté de la plaque ?”

Source : Elisabeth Berthou - Courrier International - 27 février 2007

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Quand la colère est bonne

citation article La colère serait parfois bonne conseillère : elle aiderait à se concentrer. Non, la colère n’est pas toujours l’ennemie de la réflexion : une expérience réalisée à l’Université de Californie à Santa Barbara révèle qu’elle provoque une posture “analytique” face aux problèmes. Ainsi, vous aurez plus de chances d’analyser en détail les arguments d’une conversation si vous avez été contrarié (par autre chose) quelques minutes auparavant.

Les deux psychologues Wesley Moons et Diane Mackie ont examiné la façon dont des étudiants analysent le contenu d’un message après s’être mis en colère. L’expérience se déroule de la façon suivante : d’abord, on met les participants en colère en leur demandant de rédiger un petit texte sur leurs rêves et leurs projets dans la vie ; puis les étudiants rédigent des critiques sur les textes de leurs camarades et s’échangent leurs critiques. En fait, tous les étudiants reçoivent une même critique : “Ce texte est d’une naïveté qui confine au ridicule. L’auteur n’a aucun sens des réalités, sa vision de la vie est d’une candeur inquiétante, et son texte ressemble à une rédaction d’élève de troisième”. Ceci provoque inévitablement la colère des étudiants.

Puis les participants doivent lire un texte défendant la mise en place d’examens supplémentaires dans leur cursus. Ce passage est composé à la fois d’arguments forts – déployant une réflexion solide en soulevant de vrais problèmes – et d’arguments faibles – raisonnements spécieux, raccourcis ou amalgames. W. Moons et D. Mackie ont constaté que les étudiants en colère discernent mieux les arguments forts des arguments faibles, tandis que des étudiants interrogés sans avoir été énervés auparavant les distinguent mal. Les étudiants en colère procèdent à une lecture analytique, et les autres à une lecture superficielle.

Pourquoi dit-on alors que la colère est mauvaise conseillère ? Le problème est que la colère rend très sensible à certains effets psychologiques qui orientent le jugement à notre insu, par exemple “l’effet de source”. Nous sommes sensibles à l’effet de source lorsque nous entendons par exemple un responsable politique de l’opposition critiquer le programme du gouvernement. On trouve sa critique convenue, car il est dans l’opposition, alors que la critique serait perçue comme très crédible si elle venait d’une autre source, par exemple d’un membre de la majorité. Un tel effet est amplifié par la colère. Lorsque vous vous disputez avec quelqu’un, vous êtes victime de cet effet de source, et l’identité de la personne qui vous a énervé l’emportera sur son argumentation. Toutefois, si vous vous concentrez sur un problème qui n’a rien à voir avec la conversation houleuse, il est alors probable que vous le fassiez avec une acuité intellectuelle supérieure.

En conclusion, la colère peut être bénéfique à la résolution de problèmes, à deux conditions : premièrement, que le problème à résoudre n’ait aucun rapport avec le problème qui a provoqué la colère, et deuxièmement, que le problème à résoudre ne présente pas d’effet de source. La colère est bonne conseillère, mais encore faut-il savoir quand !

Source : Sébastien Bohler - Cerveau et Psycho - Aout 2007

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Chimpanzés altruistes

citation article Les chimpanzés apportent leur aide même à des inconnus, même sans récompense. Depuis Copernic, les présupposés anthropocentriques tombent les uns après les autres. Beaucoup pensaient que l’un des traits distinctifs des humains est le comportement altruiste, qui consiste à se soucier du bien d’autrui sans avoir un intérêt particulier à le faire. Or les expériences de Felix Warneken et de ses collègues, de l’Institut Max Planck d’anthropologie évolutive à Leipzig, montrent que les chimpanzés manifestent eux aussi de l’altruisme, et pas uniquement envers des congénères apparentés.

Il s’agissait notamment de voir si des singes (non élevés par l’homme) aideraient une personne essayant de se procurer un objet. Dans une partie des expériences, un expérimentateur avec qui le chimpanzé testé n’avait pas eu d’interactions préalables tendait la main vers un objet convoité, mais placé hors d’atteinte. L’objet – un bâton – était en revanche à la portée du chimpanzé, qui pouvait alors le saisir et le remettre à la personne. Des scènes analogues ont été réalisées avec des bébés humains de 18 mois pour comparer les réactions.

Les résultats sont éloquents : lorsque l’expérimentateur essayait d’attraper l’objet en tendant la main, 12 des 18 singes et 16 des 18 bébés testés l’ont aidé au moins une fois. Les bébés avaient juste une réaction plus rapide. L’aide était apportée même en l’absence de récompenses ou malgré la présence d’obstacles. Dans d’autres expériences, les singes aidaient aussi un congénère non parent à récupérer de la nourriture. Les chimpanzés ne rendent pas service qu’à la famille ou aux amis !

Source : Maurice Mashaal - Pour la Science - Aout 2007

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Réalité virtuelle et thérapie

citation article Les différentes expérimentations que nous avons conduites dans le cadre du projet VREPAR ont apporté un ensemble de réflexions et de recommandations sur la constitution de scènes virtuelles à caractère thérapeutique. Il en ressort qu’il n’est en général pas nécessaire d’avoir une simulation poussée de la réalité pour produire les effets désirés. L’usage d’éléments, même irréalistes, soigneusement choisis et habilement mis en scène permet une immersion suffisante pour déclencher des réactions se rapprochant des comportements qu’auraient les patients dans la situation réelle correspondante. Ces éléments n’ont pas besoin d’une représentation graphique poussée ni d’éléments complémentaires pour susciter des souvenirs et émotions chez le patient. En s’appuyant sur l’aptitude naturelle de l’homme à projeter ses croyances et son image de soi sur ce qui l’entoure, on peut parvenir à immerger le patient en le conduisant à compléter de lui-même les manques de la simulation. (…)”

Source : Observatoire des Mondes Numériques en Sciences Humaines, Principes pour une réalité virtuelle à visée thérapeutique par Yannick Jullien, Cécile Defrance et Pierre Nugues

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Chimpanzés et tentation

citation article Pour garder leur sang froid face à une forte tentation, les chimpanzés ont recours à une méthode classique : s’occuper, essayer de penser à autre chose. Ceux qui se sont efforcés de résister à la tentation de dévorer une énième plaquette de chocolat ou de rallumer une cigarette savent que, dans ces cas-là, la distraction est un bon expédient. Les chimpanzés le savent aussi, comme le montre une expérience menée par des chercheurs américains. Lorsqu’ils savent qu’en patientant ils auront plus de bonbons qu’en se jetant tout de suite sur la sucrerie, ces grands singes se distraient pour tenir le coup, expliquent Theodore Evans et Michael Beran dans les Biology Letters.

Evans et Beran (Georgia State University) ont d’abord enseigné à des singes le fonctionnement d’un distributeur de bonbons, qui lâche une friandise toutes les 30 secondes. Si le couvercle du distributeur est soulevé, l’approvisionnement est stoppé. Donc plus l’individu attend, plus il a de sucreries à manger. Lorsqu’ils avaient ces appareils dans leur cage, les quatre chimpanzés adultes résistaient environ 6 minutes avant de mettre la main sur les bonbons. Cependant, s’ils avaient de quoi se distraire –une brosse à dent ou des magazines à regarder- ils tenaient plus longtemps, 9 minutes en moyenne. Enfin les chercheurs ont constaté que si les chimpanzés avaient de quoi jouer mais n’avaient pas accès au distributeur de friandises, ils utilisaient les jeux moins longtemps que si les bonbons étaient à leur portée. Ils en déduisent que ces grands singes se divertissent sciemment pour garder leur sang froid et résister à la tentation.

Des expériences similaires menées avec de jeunes enfants montrent qu’ils cèdent très rapidement à leurs envies. La maîtrise de soi viendrait donc avec l’âge. Sur les quatre chimpanzés étudiés par les chercheurs américains, les deux plus âgés ont tenu jusqu’à 18 minutes avant de manger les sucreries, alors que les deux plus jeunes ont parfois craqué au bout de 30 secondes.

Source : C.D. - Sciences et Avenir.com - NouvelObs - Mercredi 22 Aout 2007

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Ce qui fait le bonheur

citation article On sait que l’argent ne fait pas le bonheur. Mais d’être follement aimé(e) d’un beau garçon ou d’une belle fille sexy ne le ferait pas non plus… De plus en plus de chercheurs pensent que le sentiment de bonheur est à 80% inscrit dans nos gènes. Les 20% restants dépendant exclusivement de notre aptitude à savoir apprécier l’instant présent. Le plus sûr moyen d’être malheureux selon eux : focaliser sur sa réussite future…”

Source : Cerveau et Psycho - Juillet 2007

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Se débarrasser des vieux et mauvais souvenirs ?

citation article Parmi nos deux systèmes de stockage des souvenirs et des apprentissages, la mémoire à long terme a toujours été considérée comme un mode de sauvegarde plus stable que la mémoire à court terme. Il a déjà été démontré que certaines substances pouvaient perturber la mémorisation d’informations fraîchement acquises. Une étude publiée aujourd’hui dans la revue Science suggère que même le stockage de longue durée est un processus dynamique et que des souvenirs anciens peuvent être effacés.

Yadin Dudai et Reut Shema, de l’Institut Weizman en Israël, ainsi que le neurologue américain Todd Sacktor, ont commencé par créer un mauvais souvenir chez des rats. Ils ont associé la consommation d’eau sucrée avec une injection de lithium qui rend les rongeurs malades. Les rats ont pris l’habitude d’éviter l’eau sucrée.

Un mois après –l’équivalent de quelques années pour un être humain- les chercheurs ont injecté dans le cortex cérébral des rats une substance connue pour bloquer l’action d’une protéine (PKM-zeta) située sur les synapses, les points de contact entre les neurones. Après l’injection, les rats n’évitaient plus la boisson sucrée. Le mauvais souvenir associé à cette eau a été effacé, analysent Dudai et ses collègues. Il n’est jamais revenu.

Jusqu’à présent, des protéines comme la PKM-zeta étaient connue pour leur rôle dans la création de nouveaux souvenirs. Selon Sacktor et ses coauteurs, la mémoire à long terme n’est pas une inscription définitive mais un processus dynamique que le cerveau doit sans cesse maintenir. La PKM-zeta ferait partie de cette machinerie. Encore faut-il s’assurer que bloquer son action n’empêche pas tout forme d’apprentissage.

D’autres travaux avaient précédemment démontré que les souvenirs anciens étaient vulnérables lorsqu’ils remontaient à la surface et qu’au cours de cette phase dite de reconsolidation des substances chimiques permettaient de les effacer de façon sélective (lire Des souvenirs sans taches). Tous ces résultats, obtenus sur des rats, n’ont jamais été vérifiés sur l’Homme.

Source : Cécile Dumas, Sciences et Avenir.com (17/08/07)

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Opinion et mauvaise foi

citation article Neurobiologie de l’opinion

Qui n’a pas son opinion sur la guerre en Irak, la Constitution européenne, sur l’euthanasie, le réchauffement climatique ou le régime végétarien ? Soyons honnêtes : qui résiste au besoin de s’exprimer lorsqu’on évoque la polémique entre le Royaume-Uni et la France à propos de la politique agricole commune ? Les opinions sont si fortes qu’elles nous font parfois perdre toute raison et que le savoir-vivre recommande de ne pas aborder les sujets de politique à table. Alors, si vous avez eu le malheur de vous brouiller avec vos meilleurs amis à cause d’un différend sur une question politique, vous serez sans doute heureux d’apprendre que c’est à cause de la “réduction neurale d’amorçage”.

Le neurobiologiste Gagan Wig et son équipe, de l’Université de Hanovre, aux Etats-Unis, ont mis en évidence ce phénomène en montrant à des volontaires une série d’images d’objets, de paysages, d’animaux ou d’outils qu’ils devaient classer le plus rapidement possible dans deux catégories : “êtres vivants” et “objets inanimés”. Après quelques répétitions, ils ont constatés qu’à mesure que l’activité cérébrale dominue dans une zone nommée cortex frontal gauche, le sujet classe plus rapidement les images dans l’une ou l’autre des deux catégories. La diminution de l’activité cérébrale reflète le fait que le cerveau dépense de moins en moins d’énergie pour faire fonctionner les connexions entre l’image observée et la conscience de la catégorie où le sujet doit ranger l’image. Au début de l’exercice, le fait de relier une image à une catégorie met en marche des millions de neurones et nécessite une intense activation. Puis, progressivement, seules les connexions les plus efficaces sont conservées. Il en résulte une réduction d’activité et une économie d’énergie pour le cerveau.

Comment peut-on appliquer ces résultats aux opinions que l’on se forge sur tel ou tel sujet ? Prenons l’exemple d’une opinion sur le thème du réchauffement climatique et soumettons-le au protocole expérimental précédent. On demande au sujet de classer des images telles qu’une bombe à aérosol, une automobile, une vache et une poubelle dans deux catégories : “Participe au réchauffement climatique” et “Ne participe pas au réchauffement climatique”. Initialement, le classement est un peu hésitant, mais il devient progressivement de plus en plus rapide. Le cerveau du sujet s’active de moins en moins, ce qui reflète une diminution de l’effort et une économie de l’énergie face au problème à résoudre. Ainsi, plus la personne prend l’habitude de considérer que tel ou tel facteur contribue au réchauffement climatique, moins son cerveau produit d’effort.

Ces expériences montrent que l’opinion permet au cerveau de fonctionner en mode “économie d’énergie”. Elles expliquent aussi pourquoi nous sommes si accrochés à nos opinions : puisqu’elles évitent d’avoir à mener une réflexion consommatrice d’énergie, elles sont reposantes. Pour modifier une opinion, il faut remodeler ses connexions cérébrales, activer intensément le lobe frontal gauche et dépenser beaucoup de glucose !

Enfin, ces travaux montrent le vrai visage des opinions : des automatismes de la pensée. En sélectionnant des circuits économiques, le cerveau rend peu probable la circulation de l’information dans d’autres circuits. Reposante et peu coûteuse, l’opinion représente pour cette raison une restriction de la liberté de penser.

Gagan S Wig, Scott T Grafton, Kathryn E Demos & William M Kelley, Department of Psychological and Brain Sciences, Center for Cognitive Neuroscience, Dartmouth College, Hanover, New Hampshire 03755, USA, Reductions in neural activity underlie behavorial components of repetition priming, in Nature Neuroscience, publication en ligne du 31 juillet 2005.

Article de Cerveau et Psycho, n°11, septembre 2005.

Le déni de réalité (extrait)

L’hémisphère de la mauvaise foi

(…) Les fabulations et les propos délirants ne sont généralement observés que chez des patients atteints de lésions cérébrales localisées dans l’hémisphère droit, lequel est en permanence en prise avec le monde réel : il fait appel au sentiment de familiarité et aux données pragmatiques, dites de bon sens, il classe les souvenirs dans le temps, il inscrit le corps, les lieux, les personnes dans la réalité. Il tempère les emportements de l’hémisphère gauche, qui cherche avant tout à relier les faits et les perceptions les uns aux autres, et, qui, pour ce faire, use de toute forme de logique. Ce dernier ne possède pas le sens de l’autocritique, et n’évoque jamais un possible dysfonctionnement de l’individu, faisant appel à des explications externes (…).

Cette théorie de la complémentarité des hémisphères a été développée par le neurologue Vilayanur Ramashandran. Selon lui, l’hémisphère gauche organise les données affluant au cerveau en un système de croyances dotées d’une certaine logique interne. Il assure une défense psychologique de l’individu, fût-ce au prix d’une négation de la maladie ou de l’organe malade : l’anosognosie. Si le rôle de l’hémisphère gauche est de bâtir un modèle et de le justifier à tout prix, celui de l’hémisphère droit est de déceler des anomalies et de critiquer ce modèle. Au-delà d’un certain seuil d’improbabilité, l’hémisphère droit essaierait de contraindre le gauche à corriger ses hypothèses. Cette dialectique entre deux hémisphères aux fonctions différentes est abolie en cas de lésion droite. La faillite du raisonnement résulte, dans ce cas, du déséquilibre entre la rigidité d’un raisonnement spécieux conduit par l’hémisphère gauche et les tentatives de pondération vouées à l’echec de l’hémisphère droit.

Voilà des cas bien pathologiques, dira-t-on. Qu’en est-il de la vie quotidienne ? Et ces conversations qui s’enveniment parce que l’on se prend à raisonner pour le plaisir, en s’éloignant progressivement du thème de la discussion, seulement pour avoir raison, à tel point que l’on finit par oublier l’objet même de la discussion. Dans de tels cas, l’hémisphère gauche, qui ne cherche qu’à raisonner, à ergoter, ratiociner, nous entraînerait peu à peu sur le terrain glissant du sophisme et de la logique stérile. Il n’est pas nécessaire d’avoir une lésion cérébrale pour être de mauvaise foi.

Par Patrick Verstichel, neurologue, Cerveau et Psycho, n°10, juin 2005.

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