Quand la colère est bonne

citation article La colère serait parfois bonne conseillère : elle aiderait à se concentrer. Non, la colère n’est pas toujours l’ennemie de la réflexion : une expérience réalisée à l’Université de Californie à Santa Barbara révèle qu’elle provoque une posture “analytique” face aux problèmes. Ainsi, vous aurez plus de chances d’analyser en détail les arguments d’une conversation si vous avez été contrarié (par autre chose) quelques minutes auparavant.

Les deux psychologues Wesley Moons et Diane Mackie ont examiné la façon dont des étudiants analysent le contenu d’un message après s’être mis en colère. L’expérience se déroule de la façon suivante : d’abord, on met les participants en colère en leur demandant de rédiger un petit texte sur leurs rêves et leurs projets dans la vie ; puis les étudiants rédigent des critiques sur les textes de leurs camarades et s’échangent leurs critiques. En fait, tous les étudiants reçoivent une même critique : “Ce texte est d’une naïveté qui confine au ridicule. L’auteur n’a aucun sens des réalités, sa vision de la vie est d’une candeur inquiétante, et son texte ressemble à une rédaction d’élève de troisième”. Ceci provoque inévitablement la colère des étudiants.

Puis les participants doivent lire un texte défendant la mise en place d’examens supplémentaires dans leur cursus. Ce passage est composé à la fois d’arguments forts – déployant une réflexion solide en soulevant de vrais problèmes – et d’arguments faibles – raisonnements spécieux, raccourcis ou amalgames. W. Moons et D. Mackie ont constaté que les étudiants en colère discernent mieux les arguments forts des arguments faibles, tandis que des étudiants interrogés sans avoir été énervés auparavant les distinguent mal. Les étudiants en colère procèdent à une lecture analytique, et les autres à une lecture superficielle.

Pourquoi dit-on alors que la colère est mauvaise conseillère ? Le problème est que la colère rend très sensible à certains effets psychologiques qui orientent le jugement à notre insu, par exemple “l’effet de source”. Nous sommes sensibles à l’effet de source lorsque nous entendons par exemple un responsable politique de l’opposition critiquer le programme du gouvernement. On trouve sa critique convenue, car il est dans l’opposition, alors que la critique serait perçue comme très crédible si elle venait d’une autre source, par exemple d’un membre de la majorité. Un tel effet est amplifié par la colère. Lorsque vous vous disputez avec quelqu’un, vous êtes victime de cet effet de source, et l’identité de la personne qui vous a énervé l’emportera sur son argumentation. Toutefois, si vous vous concentrez sur un problème qui n’a rien à voir avec la conversation houleuse, il est alors probable que vous le fassiez avec une acuité intellectuelle supérieure.

En conclusion, la colère peut être bénéfique à la résolution de problèmes, à deux conditions : premièrement, que le problème à résoudre n’ait aucun rapport avec le problème qui a provoqué la colère, et deuxièmement, que le problème à résoudre ne présente pas d’effet de source. La colère est bonne conseillère, mais encore faut-il savoir quand !

Source : Sébastien Bohler - Cerveau et Psycho - Aout 2007

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